Critique de lecture : André Bercoff, ‘Donald Trump, les raisons de la colère’

André Bercoff est le seul journaliste européen à avoir rencontré Donald Trump pendant sa campagne présidentielle. L’entretien d’une heure a eu lieu dans la Trump Tower en février, au début des primaires du parti républicain, alors que Trump était présenté comme le candidat le plus impopulaire.

Dans son Donald Trump, les raisons de la colère publié aux éditions First en septembre, Bercoff livre la transcription de sa discussion avec The Donald, décrit son parcours personnel et professionnel et détaille les grands thèmes de son programme et son argumentaire.

Entretien

Bercoff, qui avait déjà rencontré Trump en 1989 à l’occasion d’un livre qu’il préparait sur les hôtels les plus légendaires, revient donc sur la teneur des propos qu’ils avaient échangé à l’époque. Le multimilliardaire n’a pas changé, même si la discussion ne porte plus sur le Plaza de Manhattan mais sur la politique étrangère : Russie, France, Europe, Moyen-Orient… Il explique également sa conception de la campagne électorale et sa méthode de communication qui consiste à s’adresser directement au peuple en court-circuitant les journalistes du Système.

Parcours

Bercoff résume l’histoire de Trump : son enfance, sa famille, ses relations, ses références philosophiques, ses valeurs, son rapport aux femmes (la presse française n’avait que le mot misogyne à la bouche), ses réalisations professionnelles : la construction et la gestion immobilières, bien entendu, mais également ses ouvrages de développement personnel, ses émissions télévisées, et enfin  son incursion en politique (qu’il a amorcée timidement dès la fin des années quatre-vingt) et comment il a mené sa campagne.

Cette présentation est très honnête malgré quelques remarques subjectives de l’auteur à propos de références politiques non consensuelles comme le Front national. Bercoff insiste bien sur le mépris de l’argent pour l’argent, sans effort ni travail : Trump préfère le réel au virtuel, la création à la spéculation ; il encourage la persévérance et l’ambition pour former des gagnants (winners) et non des perdants (losers).

Programme

Bercoff aborde les grands axes du programme présidentiel et les arguments brandis par le candidat : toujours garder en tête le souci du pays, le principe de subsidiarité, l’esprit de concurrence et l’émulation. L’auteur se rend compte que le multimilliardaire est très pondéré malgré ses outrances verbales (qu’il utilise avant tout pour imposer les sujets des débats politiquement incorrects, comme la lutte nécessaire contre l’immigration clandestine), qu’il a une vision du monde cohérente et optimiste, et qu’en dépit de son statut de magnat de l’immobilier, il est bien plus proche des petites gens que les politiciens professionnels qui ne s’adressent pas au peuple mais à des catégories d’électeurs dont ils se fichent. En cela, son refus du mondialisme et de ses effets dévastateurs (libre-échange, délocalisations, chômage, misère) lui a permis de transcender les clivages classiques entre démocrates et républicains, gauche et droite, et de répondre à la demande de sécurité physique et économique des Américains. Le nouveau président n’abordera pas les sujets en haut-fonctionnaire mais en homme d’affaires. Lui qui a écrit L’art de la négociation ne sera pas soumis aux diktats d’un petit juridisme étriqué et d’un étatisme conventionnel mais cherchera le rapport de forces et trouvera la faille qui lui permettra d’obtenir ce qu’il souhaite : make America great again!

L’ouvrage, truffé de citations de Donald Trump, se lit facilement et offre un bon éclairage pour comprendre la mentalité et les grandes orientations du nouveau président des Etats-Unis. Pas de quoi avoir peur, mais au contraire un espoir pour l’Amérique et pour le monde.

Jean-Yves Dufour

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